Le chemin de Lycie — on dit aussi voie lycienne ou chemin lycien — ne se parcourt presque jamais d’un seul tenant. La plupart des marcheurs choisissent un secteur, y passent une semaine ou un peu plus, et reviennent plus tard pour le suivant. Ce guide explique comment nous découpons ce sentier sur le terrain, quelles étapes nous faisons marcher à nos groupes, et ce qu’il faut regarder avant de fixer ses journées.
Combien de jours faut-il pour la Voie lycienne ?
Pour l’itinéraire complet, la Culture Routes Society, qui a tracé et entretient le chemin, annonce 760 km et environ 35 jours de marche, d’Ovacık, au-dessus d’Ölüdeniz près de Fethiye, jusqu’à Geyikbayırı, dans l’arrière-pays d’Antalya. Le tracé a été reconnu et balisé en 1999 par Kate Clow ; c’était le premier sentier de grande randonnée de Turquie. Vous croiserez d’autres chiffres selon les guides et les sites. Nous retenons celui de la Society, qui entretient le balisage et publie les mises à jour du tracé.
Peu de voyageurs disposent de cinq semaines. La question devient donc : quel morceau, et combien de jours sur ce morceau ? Nos programmes vont de sept jours en liberté, arrivée et départ compris, à treize jours accompagnés entre Antalya et Kekova. Sur une semaine, comptez quatre à cinq journées réellement à pied. Sur treize jours, une dizaine.
Un point à garder en tête dès le départ : une semaine « sur la Voie lycienne » n’est pas une traversée continue. Nos circuits relient souvent deux secteurs éloignés par un transfert, parfois par un bateau. C’est un choix assumé. La côte lycienne est longue, et certaines portions entre deux beaux tronçons sont des pistes sans intérêt ou des routes. Nous préférons les sauter.
Comment nous découpons le sentier en trois secteurs
Nous raisonnons en trois grands secteurs, chacun avec son caractère.
L’ouest, autour de Fethiye. Ölüdeniz, Faralya au-dessus de la vallée des Papillons, Kabak, puis la montée vers Alınca et les villages de crête jusqu’à Gey. C’est le début officiel du sentier et le secteur le plus fréquenté. Les pensions de village y sont nombreuses, ce qui en fait le meilleur terrain pour marcher sans guide. Le relief est franc : le sentier en balcon domine la mer de plusieurs centaines de mètres, et on le paie en montées et en descentes. Patara, avec sa plage et sa cité antique, ferme ce secteur.
L’est, entre Antalya et Olympos. Ici, la montagne prend le dessus. Le massif des Beydağları, les forêts de pins et de cèdres, le mont Tahtalı (2 365 m), l’antique Olympos au bord de sa rivière, les flammes de la Chimère au-dessus de Çıralı. Les montées sont plus longues qu’à l’ouest et l’ambiance plus forestière. C’est le secteur que nous conseillons aux marcheurs qui aiment les journées pleines et les vrais cols.
Le centre, autour de Kekova. Collines calcaires, maquis, îlots, et la côte la plus dentelée de Lycie. Simena et sa forteresse, Üçağız sur le site de l’ancienne Teimiussa, Aperlai isolée au bout de sa péninsule. Les dénivelés sont modestes, mais le terrain est souvent rocailleux et exposé au soleil. Le bateau fait partie du paysage : plusieurs journées finissent par une navigation au-dessus de la cité engloutie.
Chaque secteur offre la mer, la montagne et les sites antiques, mais pas dans les mêmes proportions. Une semaine seulement ? Voyez Voie lycienne en une semaine : quelle section marcher ?
Nos trois programmes lyciens, étape par étape
Le tableau ci-dessous reprend les étapes et les chiffres publiés dans nos programmes. Les durées sont des temps de marche indicatifs, pauses non comprises, pour un groupe au rythme moyen. Le programme en liberté n’affiche pas de durées ni de dénivelés dans sa présentation ; le carnet de route remis à l’arrivée les détaille.
| Programme | Jour | Étape | Marche | Dénivelé |
|---|---|---|---|---|
| Antalya–Kekova (13 j) | 2 | Gedeller – Onobara – plage de Sarısu | 4 à 5 h | +300 / −515 m |
| Antalya–Kekova | 3 | Port de pêche – Beldibi – Göynük | 4 à 5 h | +450 / −450 m |
| Antalya–Kekova | 4 | Canyon de Göynük – hameau de Göynük, transfert à Yaylakuzdere | 5 à 6 h | +1 110 / −475 m |
| Antalya–Kekova | 5 | Yaylakuzdere – col du mont Olympe – Beycik | 5 à 6 h | +925 / −980 m |
| Antalya–Kekova | 6 | Ulupınar – baie de Maden – Çıralı | 5 à 6 h | +300 / −760 m |
| Antalya–Kekova | 8 | Olympos – mont Musa – Adrasan | 6 à 7 h | +730 / −730 m |
| Antalya–Kekova | 9 | Adrasan – phare de Gelidonia – baie des Pirates | 6 à 7 h | +700 / −830 m |
| Antalya–Kekova | 10 | Kapaklı – Simena – Üçağız | 4 à 5 h | +100 / −175 m |
| Antalya–Kekova | 11 | Kılıçlı – Aperlai – baie de Sıcak, retour en bateau | 4 à 5 h | +20 / −300 m |
| Chimère, Kekova et Termessos (8 j) | 2 | Chimère – baie de Maden, retour en bateau (11,1 km) | 4 à 5 h | +350 / −570 m |
| Chimère, Kekova et Termessos | 3 | Andriake – Simena (14,7 km) | 4 à 5 h | +200 / −200 m |
| Chimère, Kekova et Termessos | 4 | Kılınçlı – Aperlai (6,1 km) | 3 à 4 h | +90 / −360 m |
| Chimère, Kekova et Termessos | 5 | Alınca – Faralya (8,7 km) | 4 à 5 h | +170 / −720 m |
| Chimère, Kekova et Termessos | 6 | Kirme – Faralya (8,7 km) | 4 à 5 h | +400 / −700 m |
| Chimère, Kekova et Termessos | 7 | Kozağaç – Ölüdeniz (5,2 km), puis visite de Termessos (2,8 km) | 2 à 3 h, puis 1 h 30 à 2 h | +40 / −480 m, puis +194 / −187 m |
| Voie lycienne en liberté (7 j) | 2 à 6 | Ölüdeniz – Faralya, Faralya – Kabak, Kabak – Alınca, Alınca – Gey, journée à Patara | précisé dans le carnet | précisé dans le carnet |
La Voie lycienne d’Antalya à Kekova est notre programme le plus complet : treize jours, niveau 3/5, de l’antique Onobara jusqu’à Limyra. Chimère, Kekova et Termessos tient en huit jours et saute d’un secteur à l’autre, de Çıralı jusqu’à Ölüdeniz, avant la cité perchée de Termessos. La Voie lycienne en liberté reste sur l’ouest, sept jours de Fethiye à Patara. Pour ceux qui veulent aussi l’intérieur du pays, Cappadoce et Côte lycienne consacre sa seconde moitié à Ulupınar, Çıralı et Kekova.
De Göynük à Yaylakuzdere : la montée que tout le monde sous-estime
Le jour 4 de notre programme Antalya–Kekova résume bien le piège de la Voie lycienne. On part du bord de mer, on remonte le canyon de Göynük entre parois et cours d’eau, puis la vallée jusqu’au hameau de Göynük. Sur le papier, 5 à 6 heures de marche. Dans les jambes, +1 110 m de montée. C’est plus que bien des étapes alpines.
Le lendemain enchaîne : de Yaylakuzdere, le sentier suit d’anciens chemins de transhumance à travers pins, cèdres et genévriers, passe le col face au Tahtalı et redescend sur Beycik. +925 m, −980 m. Ces deux journées s’enchaînent sans jour plus calme entre elles : c’est cette séquence qu’il faut avoir déjà marchée chez soi avant de réserver.
Nous le disons souvent aux groupes : la vue sur la mer ne dit rien de l’effort. Un sentier côtier lycien peut grimper de plusieurs centaines de mètres pour contourner une falaise, puis tout redescendre vers une crique. L’ouest n’y échappe pas. La montée de Kabak vers Alınca est le gros morceau du programme en liberté, et la descente d’Alınca vers Faralya, dans l’autre sens, fait −720 m sur 8,7 km.
Pour savoir si ces journées vous conviennent, prenez votre plus grosse sortie de l’année et demandez-vous si vous pourriez la refaire le lendemain. Notre guide pour évaluer la difficulté d’un trek propose une méthode plus détaillée.
Descentes, pierres et chaleur : ce qui fait vraiment la difficulté
La Culture Routes Society décrit le sentier comme un assemblage de voies romaines, de vieux chemins et de sentiers muletiers, souvent durs et caillouteux sous le pied. C’est exactement ce que l’on vit. Le calcaire lycien roule, glisse quand il est poli, et fatigue les chevilles bien plus qu’un sentier de terre.
Les descentes pèsent autant que les montées. Regardez le jour 6 du circuit Chimère, Kekova et Termessos : Kirme–Faralya, +400 m mais −700 m. Ou la fin de l’étape Kozağaç–Ölüdeniz, −480 m sur 5,2 km vers la lagune. Des genoux fragiles le sentent tout de suite. Des bâtons aident, à condition de savoir s’en servir sur la pierre.
La distance ne suffit pas non plus. Andriake–Simena est classée difficile avec seulement +200 m : c’est la plus longue étape de la semaine, 14,7 km, sur un terrain calcaire où l’on avance lentement, souvent sans ombre. À l’inverse, Kılınçlı–Aperlai est courte, 6,1 km, et descend presque tout le temps.
Reste la chaleur. Sur la côte, le soleil tape fort même au printemps, et la roche claire renvoie la lumière. Nos guides partent tôt sur les étapes exposées et placent la pause de midi à l’ombre d’un caroubier ou d’un pin quand le terrain le permet. En liberté, c’est à vous de faire ce choix : sur le secteur de Kabak à Gey, un départ à huit heures change la journée.
Marcher en liberté ou avec un guide sur la Voie lycienne ?
Les deux formules existent chez nous, et elles ne s’adressent pas au même voyageur.
En liberté. La Voie lycienne en liberté se fait de 2 à 15 personnes, sans guide. Nous réservons les pensions de village étape par étape, nous transportons vos bagages chaque jour, et nous remettons un carnet de route et des traces GPS. L’hébergement se prend avec petit déjeuner, en demi-pension ou en pension complète selon la formule choisie. Les entrées des sites archéologiques et des musées ne sont pas comprises, pas plus que le transfert vers l’aéroport le dernier jour. Vous gérez votre rythme, vos pauses, vos baignades. Vous gérez aussi l’orientation : le balisage peut disparaître sur une piste refaite, et c’est à vous de retrouver le fil.
Accompagné. Nos circuits guidés réunissent 4 à 15 personnes, avec un guide de randonnée turc qui parle la langue du groupe. La pension complète est comprise, pique-nique le midi et dîner le soir, sauf les repas du premier et du dernier jour. Les transferts du programme, les bagages et les entrées des sites prévus sont inclus. Le guide choisit l’heure de départ, adapte l’étape si la chaleur monte ou si la mer empêche le bateau, et raconte Olympos, Aperlai ou Limyra en chemin.
Notre avis de terrain : l’ouest se prête bien à la liberté, parce que les villages sont proches les uns des autres et que les pensions connaissent les randonneurs. L’est, avec ses cols et ses transferts, se vit mieux accompagné. Le secteur de Kekova, avec ses bateaux et ses sites isolés, demande une organisation que seule une équipe locale assure sans friction. Nous avons écrit un comparatif plus complet sur ce choix, entre régions et formules de trek en Turquie.
Eau, pensions et bateaux : la logistique d’une journée lycienne
L’eau. Il existe des sources et des citernes le long du sentier, mais on ne construit pas une journée autour d’elles. Certaines tarissent à la fin de l’été, d’autres servent aux troupeaux. Nous partons toujours avec l’eau de la journée entière. Comptez large, davantage si la journée est longue et exposée ; votre guide ou votre carnet de route précise les points de ravitaillement connus de votre secteur. Dans les villages, une épicerie ou un café dépanne souvent, sans garantie d’horaires.
Les nuits. Selon la Culture Routes Society, on trouve chaque soir un hébergement en maison de village, pension ou petit hôtel, sauf sur trois secteurs d’altitude. Nos programmes dorment en pension et en hôtel : Göynük, Yaylakuzdere, Ulupınar, Çıralı, Adrasan, Üçağız sur le programme Antalya–Kekova. Les pensions lyciennes sont simples et familiales. Le dîner se prend souvent sur la terrasse, et la cuisine de la maison vaut largement celle d’un restaurant.
Les bagages. Ils voyagent en véhicule d’une nuitée à l’autre, sur toutes nos formules. Vous marchez avec un sac de journée : eau, pique-nique, vêtement chaud, protection solaire, maillot. Notre article sur l’équipement de trek en Turquie détaille ce qui doit rester sur votre dos.
Les bateaux. Plusieurs étapes se terminent en mer. Au jour 2 du circuit Chimère, Kekova et Termessos, on rentre de la baie de Maden vers Çıralı en bateau. Au jour 11 du programme Antalya–Kekova, on embarque dans la baie de Sıcak pour longer la cité engloutie et faire escale à Tersane, ancien chantier naval byzantin. Ces journées ne sont donc pas des boucles à pied. Si le vent lève la mer, le capitaine décide ; nous adaptons alors le retour par la terre.
Les transferts. Ils sont courts la plupart du temps : un saut en véhicule vers Yaylakuzdere, un bus de Beycik à Ulupınar, un départ matinal vers Kapaklı ou Kılıçlı. Ils permettent d’enchaîner les plus beaux tronçons sans marcher sur la route.
Que voir en chemin : les sites qui justifient une section
On choisit aussi un secteur pour ce qu’il montre. Sur l’est, Olympos se découvre tôt le matin, quand la lumière passe entre les arbres au-dessus du théâtre, des thermes et des sarcophages. La Chimère, Yanartaş, se visite en fin de journée : les flammes qui sortent de la roche se voient mieux au crépuscule, et le sanctuaire d’Héphaïstos garde la mémoire de la créature vaincue par Bellérophon. Le phare de Gelidonia, construit en 1936, regarde les îlots des Beş Adalar.
Autour de Kekova, Aperlai vivait du commerce de la pourpre ; on y voit encore remparts, tombeaux lyciens, citernes et vestiges du port. Simena, aujourd’hui Kaleköy, se tient sous sa forteresse médiévale. Limyra, capitale du dynaste Périclès, clôt notre programme de treize jours avec son théâtre et ses sources.
À l’ouest, Patara réunit sa grande plage et sa cité antique. Et à la fin du circuit court, Termessos, perchée dans le Taurus, se parcourt à pied sur 2,8 km entre théâtre, remparts et tombeaux. Pour une approche plus fine de l’est, lisez notre guide des randonnées autour d’Ulupınar et Çıralı.
Quand partir, et comment fixer ses étapes ?
La Culture Routes Society recommande de février à mai et de septembre à novembre ; l’été est trop chaud pour marcher sur la côte. Nos programmes affichent une période favorable d’avril à juin et de septembre à octobre pour les circuits lyciens, et jusqu’à novembre pour Antalya–Kekova et pour Cappadoce et Côte lycienne. Au printemps, les pentes sont vertes et les sources coulent mieux. En automne, la mer reste chaude et invite à la baignade en fin d’étape. Un orage n’est jamais exclu, et une journée de chaleur peut tomber en mai comme en octobre. Nous détaillons les saisons région par région dans quand partir en randonnée en Turquie.
Pour fixer vos étapes, nous procédons toujours dans le même ordre :
- repérer la journée la plus exigeante du programme, en montée et en descente ;
- regarder ce qui la précède et la suit, car c’est l’enchaînement qui fatigue ;
- confirmer la nuitée, le transfert éventuel et la possibilité d’écourter ;
- prévoir l’eau jusqu’au prochain point connu, sans compter sur une source incertaine ;
- garder une demi-journée tranquille dans la semaine, pour la baignade ou un site.
Si vous hésitez encore entre la Lycie et un autre sentier du sud, notre comparatif Voie lycienne ou chemin de Saint Paul met les deux côte à côte. La page Lycie présente la région, et nos randonnées en Turquie réunissent tous nos voyages.
Les questions pratiques sur les réservations, l’assurance et les formalités sont regroupées dans notre FAQ.
